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20 avril 2017

Bernard Bouchard

Ça fait longtemps que je n'ai pas proposé un extrait de texte. En voici un :

 

Nous traversons la grande place (c’est son nom, car en réalité, elle n’est constituée que d’un banc et d’un arbre) et nous arrivons au garage Bouchard. Bernard Bouchard nous reçoit avec le visage du petit garçon qui vient de faire une grosse bêtise et qui a peur de se faire gronder. Et pour cause, Bernard Bouchard a fait une grosse bêtise et a peur de se faire gronder.

— Bon ben… j’ai démonté le radiateur et… comment dire… je l’ai percé. Mais qu’elles ne s’inquiètent pas, je vais le réparer à mes frais !

— D’accord, dit maman. Et vous pensez pouvoir le réparer pour quand ?

— Aujourd’hui, c’est samedi, donc…

Bernard fait un rapide calcul dans sa tête. Pas un calcul compliqué, pourtant Bernard Bouchard a l’air bien empêtré dans ses comptes.

— … le temps de me faire livrer la pièce, de la monter, sans compter que je ne travaille pas le jeudi… je peux vous faire ça pour samedi prochain.

Ah non ! On ne va tout de même pas attendre ici pendant une semaine ! Maman pâlit et s’exclame, catastrophée :

— Ah non ! On ne va tout de même pas rester ici pendant une semaine !

Bernard fait la moue. Je suis persuadé qu’il nous voyait déjà pendre une chambre dans l’hôtel de Paulette en attendant les réparations. Puis son visage s’éclaire. Comprenez que ses yeux s’agrandissent et que ses sourcils se haussent sensiblement, comme deux chenilles processionnaires aspirées par un aspirateur juché sur le haut de son crâne (je sais, j’ai parfois de drôles d’images qui viennent à l’esprit).

— Puisqu’elles me sont sympathiques, je vais les dépanner.

Je n’arrive toujours pas à me faire à cette façon de parler.

— Je m’en vais leur prêter un véhicule.

Maman retrouve ses couleurs. Puis elle les reperds quelques instants plus tard quand elle découvre le véhicule qui lui, a perdu ses couleurs depuis bien longtemps. Une fourgonnette de 1957, d’après ce que nous explique Bernard. Elle a appartenu à son grand-père qui transportait ses porcs dedans. Elle a ensuite été utilisée par son père pour son commerce de livraison de fumier. Aujourd’hui, elle est devenue un « véhicule de courtoisie » pour dépanner les pauvres pigeons qui croisent la route de Bernard Bouchard. Et demain, nous a promis notre garagiste préféré, elle sera à son petit-fils qui rêve de se lancer comme pizzalo ambulant.

— Je ne sais pas ce que c’est un pizzalo, mais mon petit Lucien est sûr de son fait ! ajoute Bernard.

Nous comprenons qu’il veut dire pizzaïolo et que visiblement, le vieux mécanicien n’a jamais mangé de pizza de sa vie. En tout cas, des pizzas confectionnées dans un camion ayant servi à transporter des porcs et du fumier, je suis certaine de ne jamais y goûter moi non plus !

 

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